Mon histoire en chapitres

Du jeune cavalier normand au voyageur québécois, en passant par l’entrepreneur et le restaurateur,
découvrez mon parcours de vie fait de rebondissements, de défis relevés et de nouveaux départs.

Une histoire de passion, de résilience et de renaissance.

Chapitre 1

L’enfance et la passion équestre

J’étais un garçon au caractère bien trempé, souvent qualifié de tête de mule. Mais j’ai eu la chance d’avoir des parents extraordinaires, toujours présents pour me guider.

Très jeune, les chevaux sont entrés dans ma vie et ont bouleversé mon quotidien. Ils m’ont offert une échappée, un espace de liberté où tout prenait sens.

Les années formatrices

À 11 ans, je découvre l’équitation au centre hippique de Thibermon, en Normandie. Une découverte presque magique. Les chevaux m’ouvrent la porte d’un autre monde, loin des contraintes et du bruit.

À 13 ans, un cadeau change tout : Violaine, ma jument anglo-arabe. Elle devient bien plus qu’un animal. Une partenaire. Une évidence.

Ma passion pour le concours de saut d’obstacles (CSO) structure toute mon adolescence. Les entraînements, les compétitions, les parcours s’organisent autour de cette relation unique entre le cavalier et sa monture.

Chaque obstacle franchi avec Violaine est une victoire partagée. Une communion silencieuse, faite de confiance, de précision et d’adrénaline.

Ma mère, elle, n’osait pas me regarder lors des compétitions. Terrifiée par la vitesse à laquelle Violaine et moi franchissions les obstacles, elle détournait le regard. Son angoisse contrastait avec l’exaltation que je ressentais à chaque saut.

Avec le recul, je comprends que cette passion m’a transmis des valeurs durables : l’engagement, la rigueur, le respect et la confiance.

Chapitre 2

Les premières étapes professionnelles

La fin de l’adolescence marque le temps des choix. Des choix parfois imposés, souvent acceptés sans réelle projection. À cet âge, l’avenir reste une notion floue, lointaine.

Formation et premières expériences

À 14 ans, j’entre à l’école hôtelière d’Amiens. Un univers structuré et exigeant, où la rigueur et le sens du détail s’imposent rapidement. Cette formation m’apprend la discipline et le travail bien fait, sans encore dessiner de direction précise.

À 18 ans, je pars effectuer mon service militaire à Bitche, en Moselle. Une parenthèse austère, marquée par le cadre, l’obéissance et la répétition. Une expérience formatrice, même si elle ne répond pas encore à mes attentes profondes.

Après 20 ans, je travaille comme barman dans un village de vacances à Sainte-Maxime, dans le Var, pendant deux saisons. Un métier fait de rencontres et de rythmes décalés, sans véritable projection à long terme.

C’est à cette période que mes parents lancent leur entreprise de mécanique en Seine-Maritime, à Saint-Nicolas-d’Aliermont. Un projet audacieux, porté par leur engagement et leur confiance.

Sans que je le mesure pleinement à ce moment-là, cette entreprise allait redessiner mon parcours. Mes parents me proposent de m’associer à hauteur de 20 %, en signant un prêt bancaire, malgré mon inexpérience totale dans ce domaine.

Un pas important venait d’être franchi, presque sans que je m’en rende compte.

Chapitre 3

Famille et responsabilités

La jeunesse laisse progressivement place à l’âge adulte. Les repères changent, les priorités aussi. Les responsabilités s’installent, parfois sans prévenir.

Paternité et entreprise familiale

À 22 ans, je me marie. Puis viennent les naissances de nos deux garçons : Michaël, en 1991, et Maxime, en 1997. Devenir père modifie profondément mon regard sur la vie. Les choix ne se font plus uniquement pour soi.

Presque au même moment, j’entre dans l’entreprise familiale. Une décision que je n’aborde pas avec assurance. Je dis alors à mes parents : « Je ne connais rien à ce métier. »

Leur réponse est simple et directe : « Tu vas commencer à zéro pour apprendre. »

Je débute donc au bas de l’échelle, sans statut particulier, avec la volonté de comprendre et de m’investir. L’apprentissage est exigeant, progressif, ancré dans le concret.

Ces années sont intenses. Entre la vie familiale et le travail, tout s’enchaîne rapidement.

À cette époque, l’entreprise est encore modeste. Créée en 1985, elle compte alors neuf salariés. Personne n’imagine réellement l’ampleur qu’elle prendra par la suite, ni les épreuves qu’elle devra affronter.

Je n’en ai pas encore conscience, mais cette période pose les fondations d’un engagement durable, à la fois professionnel et personnel.

Chapitre 4

L’ascension professionnelle

Avec le temps, l’entreprise familiale prend de l’ampleur. La confiance des clients s’installe, les volumes augmentent, les exigences aussi. Cette période marque un tournant décisif dans mon parcours professionnel.

Évolution et responsabilités

Un moment clé survient lorsqu’un client, Jean Lebon, de l’entreprise Télémécanique, suggère à mon père, Gérard, que je prenne en charge le contrôle qualité.

Sa réflexion est claire : je ne suis pas encore déformé par l’expérience des anciens pour imposer le contrôle qualité, et je peux ainsi apporter un regard neuf.

Cette proposition marque le début de mon engagement réel dans l’entreprise. Je ne suis plus seulement en apprentissage, je commence à assumer des responsabilités.

Mon parcours évolue progressivement, étape par étape. D’abord manœuvre, pour maîtriser les bases du métier sur le terrain. Puis contrôleur qualité, avec le développement d’un regard rigoureux et d’une expertise technique.

Je deviens ensuite responsable qualité, avec la mise en place du système ISO 9002, numéro 549 AFAQ. Deux années plus tard, j’accède au poste de Directeur Général Adjoint de la société Rougette Découpage.

Parallèlement, l’entreprise se structure et se développe. Deux sites distincts voient le jour : l’un dédié à la conception d’outils, Rougette et Fils, l’autre consacré à la production, Rougette Découpage.

Les effectifs augmentent rapidement. L’entreprise compte désormais cent vingt salariés. Une responsabilité importante, à la hauteur de la confiance accordée.

Cette période est marquée par le travail, la rigueur et la prise de décisions constantes. Sans le savoir encore, nous construisons une structure solide, mais exposée aux bouleversements à venir.

Chapitre 5

Épreuves et nouveau départ

Les années deux mille marquent un tournant brutal dans notre histoire familiale et professionnelle. La mondialisation, longtemps perçue comme un concept lointain, devient une réalité concrète et implacable.

L’effondrement et la décision

L’ironie est cruelle. Les mêmes clients qui nous avaient encouragés à investir et à développer l’entreprise exigent désormais des baisses de prix drastiques. La menace est claire : délocaliser la production en Europe de l’Est.

Ils finiront par le faire, sans considération pour les années de collaboration ni pour les conséquences humaines. Une logique économique froide, déconnectée du terrain.

Le redressement judiciaire s’impose. Puis vient la vente forcée de l’entreprise pour un euro symbolique. Un choc majeur, bien au-delà de l’aspect financier.

Ce n’est pas seulement une société qui s’effondre. C’est une histoire familiale, un engagement de plusieurs décennies, une identité professionnelle.

Dans le même temps, ma vie personnelle vacille. Le divorce s’ajoute à la chute de l’entreprise, comme si tous les piliers cédaient simultanément.

Je me retrouve face à un vide total. Plus de cadre. Plus de certitudes. Seulement la nécessité d’avancer.

Après de longs mois de réflexion, une décision s’impose : partir. Tout quitter pour recommencer ailleurs, autrement.

Le Québec apparaît alors comme une terre de renouveau. Lointaine, inconnue, mais porteuse d’un nouveau souffle.

Je pars avec un sac et un billet d’avion sans retour, direction Saint-Agathe-des-Monts, dans la région des Laurentides, au Canada.

Sur place, je retrouve rapidement une activité. L’été, je travaille comme second de cuisine dans un club de golf. L’hiver, je deviens guide de motoneige.

Une nouvelle vie commence. Sans statut. Sans passé à défendre. Simplement avec l’envie de repartir sur des bases essentielles.

Chapitre 6

Un nouvel amour et retour aux sources

La reconstruction ne suit pas toujours un chemin tracé à l’avance. Elle avance souvent par étapes, au rythme de ce que la vie permet.

Nancy et le retour en France

Un an après mon arrivée au Québec, je rencontre Nancy. Une rencontre simple, sans attente particulière, qui trouve naturellement sa place dans ma vie.

Ensemble, nous décidons d’avancer. Nous nous lançons dans la restauration au Québec pendant deux années, partageant le travail, les responsabilités et le quotidien.

Progressivement, l’idée d’un retour en France s’impose. Non comme un renoncement, mais comme une continuité.

Notre première étape est La Baule-les-Pins, en Loire-Atlantique, où nous travaillons dans la restauration pendant dix-huit mois, cette fois en tant que salariés.

La Normandie nous accueille ensuite, à Dieppe, en Seine-Maritime. Nous y tenons un bar.

Cette expérience s’avère contrastée. Le rythme est soutenu, la proximité avec la clientèle constante. L’alcool fait alors partie du quotidien, sans que j’en mesure pleinement, sur le moment, les effets.

Avec le recul, je comprends que cette période a contribué à fragiliser un équilibre déjà précaire. Il devient alors nécessaire de changer de cadre, une fois encore.

Chapitre 7

Deuil et changement de cap

La vie réserve parfois ses épreuves les plus douloureuses au moment où l’on pense avoir déjà payé son tribut à l’adversité. Alors que nous étions engagés dans une phase de reconstruction, un nouvel événement vient bouleverser l’équilibre fragile que nous tentions de retrouver.

La perte d’un père et un nouveau départ

1er novembre 2007 — mon père, Gérard, décède à l’âge de soixante-sept ans, emporté par la maladie de Charcot. Une maladie qui l’a certainement frappé à la suite du choc émotionnel provoqué par la perte de l’entreprise familiale, dont il ne s’est jamais remis.

Ce départ prématuré laisse ma mère, Annie, veuve à seulement soixante-cinq ans, bien trop jeune pour affronter seule les années à venir. Les épreuves qu’elle traversera par la suite marqueront profondément notre histoire familiale et feront l’objet d’un récit à part entière, L’épreuve d’Annie.

Face à cette nouvelle réalité, une décision s’impose. Quitter la Normandie et sa grisaille pour chercher un cadre de vie différent, plus lumineux, plus apaisant.

Nous prenons la direction du Sud.

À Cannes, Nancy trouve un emploi à la réception d’un hôtel. Peu après, je rejoins à mon tour le monde du travail à l’aéroport de Cannes-Mandelieu-la-Napoule, dans les Alpes-Maritimes.

Ce changement marque une nouvelle étape. Un déplacement géographique, mais aussi une tentative de reprise, dans un contexte profondément marqué par le deuil.

Chapitre 8

Les premiers signes

Parfois, le corps parle avant que l’esprit ne soit prêt à entendre. Avec le recul, je sais aujourd’hui que les premiers signaux étaient déjà là, discrets, faciles à ignorer lorsque l’on continue d’avancer.

C’est en deux mille onze que les troubles de santé commencent à se manifester. Rien de brutal. Rien de spectaculaire. Seulement des alertes silencieuses, que je choisis alors de ne pas écouter pleinement.

Cabris et la famille réunie

Après notre installation à Cannes et une certaine stabilité retrouvée, nous faisons le choix de nous établir dans l’arrière-pays grassois, à Cabris. Un village perché, chargé d’histoire et de caractère.

Ce changement de cadre marque une étape importante. Pour la première fois depuis longtemps, la famille se rapproche.

Nous faisons venir maman Annie pour vivre auprès de nous. Une décision naturelle, dans la continuité des épreuves traversées et du lien qui nous unit.

Ce nouveau cadre apporte une forme d’apaisement. La nature, le calme, la proximité familiale. Mais en parallèle, mon corps continue d’envoyer des messages.

Fatigue persistante. Baisse d’énergie. Sensations inhabituelles que je choisis, à ce moment-là, de ne pas écouter.

Je poursuis ma vie, porté par le quotidien, sans encore mesurer que ces signes annoncent un parcours de santé qui prendra, plus tard, une place centrale dans mon existence.

Chapitre 9

AI PANTAÎA

La bergerie qui nous a choisis

« AI PANTAÎA » signifie simplement « j’ai rêvé » en niçois.

Dans le parcours d’une vie, certains lieux ne se découvrent pas par hasard. Ils s’imposent. Ils semblent vous appeler, comme si la rencontre était écrite avant même d’être formulée.

C’est ainsi qu’AI PANTAÎA, cette bergerie du dix-septième siècle, entourée d’oliviers, est entrée dans notre vie. Plus qu’une maison, elle est devenue un refuge.

Une rencontre déterminante

Cette demeure ne nous est pas parvenue par un simple concours de circonstances, mais par la rencontre de personnes profondément humaines : Jeanine, Jacques, et leur fille Marie.

Des personnes d’une grande simplicité, animées par une bonté sincère, loin des rapports intéressés. Une générosité discrète, sans attente en retour.

Ils ne pouvaient plus rester dans le Sud, la chaleur étant devenue trop difficile à supporter. Un événement les avait particulièrement touchés : le chêne qui les protégeait du soleil avait dû être élagué en raison d’une maladie.

Ils nous ont alors proposé de vivre dans cette bergerie. Un geste simple, mais immense.

Un lieu d’apaisement

AI PANTAÎA devient rapidement un lieu de calme et de stabilité. Un espace où le temps semble ralentir, porté par le silence, la nature et la lumière.

Ce cadre offre à maman Annie la possibilité de finir ses jours dans un environnement paisible, bercée par le chant des oiseaux et entourée de l’affection de nos chiens, auxquels elle était très attachée.

Chaque jour passé ici est un privilège. Un temps suspendu, empreint de gratitude.

Je remercie intérieurement Jeanine et Jacques pour ce qu’ils nous ont permis de vivre. Jeanine, de son côté, nous porte dans ses prières quotidiennes.

AI PANTAÎA n’est pas seulement une demeure. C’est un lieu chargé d’histoire et d’âme. Un endroit où l’on comprend, simplement, ce que signifie trouver sa place.

Chapitre 10

Les graines semées au Québec

Les voyages et les expériences que nous vivons laissent des traces durables, parfois invisibles sur le moment. Mon passage au Québec n’a pas seulement marqué ma trajectoire personnelle, il a aussi façonné, à sa manière, l’environnement dans lequel mes enfants ont grandi.

Lorsque mes fils sont venus me rendre visite au Québec, ils ont découvert un pays de grands espaces, une nature omniprésente, et une autre façon d’envisager le quotidien. Ces séjours ont ouvert des horizons, sans jamais imposer de direction.

Michaël

Michaël mène aujourd’hui sa vie avec sa famille, entre son travail et son engagement sportif. Installé au Canada, il a construit son équilibre, à son rythme, dans un cadre qui lui correspond.

Son parcours lui appartient pleinement. Il s’inscrit dans une continuité naturelle, sans comparaison, sans attente projetée.

Maxime

Maxime, de son côté, poursuit son chemin en Normandie. Engagé dans sa vie personnelle et professionnelle, il avance avec ses propres repères et ses choix.

Chacun suit sa route, dans des contextes différents, avec des aspirations qui lui sont propres.

En regardant le chemin parcouru, je mesure que certaines expériences dépassent celui qui les vit. Elles circulent, discrètement, et prennent racine ailleurs, parfois là où on ne les attendait pas.

Ce livre s’arrête ici, non comme une conclusion, mais comme une étape. Le reste appartient au temps, aux chemins encore à tracer, et à la vie, tout simplement.